Attente

Rendez-vous.

Beaucoup de visages fermés et de corps malmenés se côtoient en cet espace clos. Des personnes aux attitudes figées, résignées, se succèdent au rez-de-chaussée du grand bâtiment de soins. Quelques-uns répriment un agacement visible qu’ils taisent. Dans la file, à l’accueil, plusieurs consultants préparent leur carte vitale, donnent leurs coordonnées à la secrétaire, repèrent des yeux un siège vide avant de s’avancer dans la salle aux parois de verre puis prennent place en soupirant. N’osant se dévisager par discrétion probablement, ils promènent leur regard tout autour d’eux en essayant de deviner à quel moment ils vont passer, car il y a beaucoup de monde. Une dame âgée s’exerce aux mots fléchés, une autre somnole la tête penchée sur la poitrine, un homme lit. Près du large encadrement qui tient lieu de porte, un octogénaire croise les bras puis se retourne en direction d’un quinquagénaire dont le téléphone portable sonne. Deux enfants bougonnent. Celle que j’accompagne prend son mal en patience, parfois nous échangeons trois, quatre phrases. Mentalement je récite le chapelet pour ceux qui m’entourent et qui dans l’ensemble ne sont pas tout jeunes. Ça m’occupe religieusement. Tant pis si cela ne sert à rien, mais peut-on connaître la portée de ces pensées orantes. Calmes et silencieux, ils restent assis sur des fauteuils légers mais confortables dont le dossier ergonomique épouse bien la forme de leur buste, sans toutefois effleurer la paroi du mur peint d’une couleur bleu outremer devant lequel ils sont installés, tous patientent. Dans la salle d’attente.

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4 Responses to Attente

  1. Elisabeth F.-B. says:

    Histoire de banc…
    Revoir la maison de nos grands-parents, c’est-à-dire des étés d’enfance, est toujours émouvant.
    Plus de 22 ans après une dernière visite, tragique, revenir sur les pas du passé semblait terriblement … osé.
    Qui sait ? La maison était-elle encore là, intacte ? Le trou de l’obus de la seconde guerre serait-il rebouché ou pourrait-il prendre vie pour les enfants, comme source d’Histoire et d’histoires et de petites historiettes familiales au soir venu ? Les volets seraient-ils du gris passés au rose ? au mauve ? au rien ?
    Et puis… et puis, la rencontre.
    La rencontre avec le trou d’obus, avec les volets gris, avec le petit racloir pour les pieds, avec le couloir carrelé.
    Manquaient pourtant… manquaient les Habitants. Grand-mère, qui poussait le fromage vers moi, qui me montrait de vieilles, vieilles cartes postables et qui chassait de la table un de ses innombrables chats ; Grand-père, prêt à partir avec moi, au rythme des chiens à promener.
    Manquaient une chaise, et surtout un banc. Le banc des Hommes âgés et gentils et souriants et tendres et rieurs au pied desquels jouait l’enfant ; celle-là même qui aujourd’hui arpente les lieux avec les siens.
    Oui, manquait le banc.
    Seulement, je n’avais pas poussé la porte du jardin.
    Et là, là, aux planches défaites, à la peinture écaillée, de guingois mais toujours verdoyant, se trouvait le banc.
    Une enfance, des rires, des Hommes âgés chaleureux et généreux s’échappaient du fer rouillé, de la peinture désormais bouclée, des antennes des insectes.
    Ce fut… comme une bougie allumée au chevet de ces mémoires parties, comme un remerciement profond pour la grâce de ces dons d’amitié et de tendresse reçus voici tant de temps et qui permettent, aujourd’hui, d’être mère.

  2. Optimistic says:

    Sympa le banc!!

  3. blogfadiese says:

    Merci mibémol pour votre beau commentaire. Il m’est nécessaire.
    N’étant pas une as en informatique il se peut que le commentaire dont vous parlez soit passé aux oubliettes tout à fait involontairement. Je n’ose vous encourager à l’écrire à nouveau.
    Au plaisir de vous lire.

  4. Mi♭ says:

    A quoi servent les bougies qui se consumment devant une statue d’une sombre eglise romane ? A quoi servent ces fleurs et bougies qui brillent et s’entassent sur le parvis de la cathédrale d’Oslo, en ce tristes jours de tuerie ? A quoi servent les vies consacrées des religieux et religieuses et autres sages de ce vaste et divers monde ?
    Mon évêque dit volontiers que la voiture est sa chapelle privée !
    Dans une voiture, dans une chambre d’hopital ou chez soi, partout l’attente orante sauve l’essentiel : le sens de nos vies, voulues et appelées par Dieu, quel que soit son nom !
    Nous sommes à un ton et demi lun de l’autre, mais néanmoins au diapason !
    (J’ose espérer que ce post vous parviendra plus que celui que j’avais collé à vtre belle frise de cerises du 7 7 11. L’abonnement non fait au RSS en serait-il la cause ?)

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