Bête

Rampant sur le bois, volant dans l’espace,

s’agitant en tous sens au gré des coups de ciseaux

qui, de leurs lames biseautées, entaillent la fibre ligneuse ,

l’animal sculpté, (en réalité gravé à la tronçonneuse) a pris une forme singulière

sous les mains habiles du créateur imaginatif, Roland Cros.

Que dit-il

que fait-il

l’animal ?

Il se tourne et se retourne.

Que cherchent-elles désespérément

ces mains aux doigts écartés, en éventail ?

Et ces yeux exorbités, scrutent-ils, avides, au loin quelque point ?

Sait-on ?

Est-ce

un dragon séculaire

une hydre d’eau douce

un ogre des bois

un monstre géant

un fou désaxé au corps filiforme

multi-pattes, multi-crânes, multi-mains

un serpent à tête humaine aux membres tentaculaires

un poulpe bizarroïde courbé, ondulant, visqueux, desséché ? 

Apeurée, affolée, incertaine

l’immonde bête horizontale, innommable, oscille, se contorsionne

puis reste plaquée sur les planches de sapin clouées côte à côte verticalement. 

Drôle de diablerie.

L’être hybride, chimère éphémère

n’est que distraction pour touristes désœuvrés

ou plus sûrement produit d’appel, graffiti géant, destiné à capter l’attention flottante

des autochtones apparemment indifférents, seulement méfiants.

Une invitation bucolique, en somme, bien qu’étonnamment urbaine

à serpenter le long des chemins plats qui délimitent les massifs fleuris

et courent sous les ombrages colorés, denses, insolites, rafraîchissants

peut-être même protecteurs, rassurants, par la pérennité de leur existence silencieuse.

Pourtant Monsieur de Pourceaugnac

si désobligeamment moqué par Jean-Baptiste Poquelin

dirait spontanément, dans sa saine et bonne logique provinciale:

« Qu’ont-ils eu besoin de nous coller toutes ces horreurs sous le nez ?

Franchement à quoi ça rime ce mollusque flasque qui gigote sous les arbres ?

Pfff … depuis le temps qu’on supporte toutes leurs élucubrations absurdes… »

Allons donc, faisons fi des pseudo-critiques.

Levons donc les yeux et laissons doucement monter notre regard

le long de l’écorce épaisse, moelleuse, spongieuse.

IL se perd dans les branches du séquoia centenaire ,

aspiré qu’il est par l’azur entr’aperçu entre les fines aiguilles vertes

du conifère géant qui lui, ascensionne si haut, si haut,

qu’on peine à en mesurer la taille.

Probablement parce que certaines cimes demeurent inatteignables …

Des cimes inatteignables ?

photosfa#________

 

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2 Responses to Bête

  1. blogfadiese says:

    Un arbre à l’horizontale, j’y reviendrai, mais pour l’instant les « oiseaux  » étant revenus à la maisonnée familiale, je me dois de leur être présente.
    Merci mi bémol, pour le lien que je ne connaissais pas, concentrée que j’étais sur mon texte.
    Je contacterai peut-être le graveur, il n’ habite pas très loin.

  2. Mi♭ says:

    Que dire de plus et de mieux ?

    Fond et forme vont en crescendo et décrescendo. Il y a de la musique et de la poésie !Il y a du souffle et de la surprise ou des surprises, dans votre texte.

    Avide d’en savoir plus, je me suis enquis de sieur le graveur :

    http://rcros.free.fr/blog/

    L’artiste « gravomane » serait heureux certainement, de lire votre commentaire, Fa #

    L’art est un mystère qui révèle une certaine pensée de l’auteur et qui laisse l’imagination du « regardant » faire le reste et aller sur d’autres champs d’exploration, que l’auteur ne pouvait imaginer… D’une certaine manière l’art du créateur suscite l’art du commentateur, l’art crée l’art, parfois ! L’œuvre statique, en soi, entraîne une œuvre plus dynamique, sans cesse recomposée, réinterprétée, au gré de la fantaisie du spectateur, lecteur, contemplatif.

    Pour ma part, influencé par le contexte du parc, j’ose m’avancer sur la piste d’un arbre mis à terre mais, loin d’être statique ou abattu, il se refait une autre vie hyper-dynamique.
    Un arbre à l’horizontale, qui n’a que faire du repos et qui s’invente une nouvelle vie.
    Cet arbre là, tronc sans racines et sans tête, ne se laisse pas abattre, au contraire il s’anime, il « s’humanoïse » ses branches se font bras et jambes qui s’agitent fébrilement dans l’air ou qui s’enfoncent dans le sol (il refuse l’arrachement et l’anéantissement !) ses feuilles se font têtes sympathiques et juvéniles, mains qui saluent et se donnent ou cheveux qui volent au vent !
    J’aime ces bras sur la gauche qui entourent affectueusement deux têtes d’amoureux ?) et forment une silhouette de cœur, comme pour mieux souligner ce tête à tête amoureux, ce dialogue silencieux, cette ombre chinoises de deux contemplatifs et admiratifs, qui se disent leur confiance et s’interrogent sur leur avenir, probablement…
    Sachant que cette composition n’est qu’une partie d’un projet plus vaste, appelé labyrinthe, je suis conforté dans ma vision dynamique de cette œuvre et dans ma déambulation délirante : tout ne peut être dit et tout est à écrire et à réécrire lorsqu’on pénètre et traverse le labyrinthe et que l’on rencontre d’autres têtes, qui ne sont pas sur le mur extérieur !

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