Bus

BUS

Ils attendent le bus, sans faire de bruit, debout à l’arrêt. Quinze, vingt minutes. Ceux qui sont en duo ou trio bavardent  d’une voix tranquille pendant que les autres piétinent sagement. C’est la dernière navette de la journée, il ne s’agit pas de la rater. Ils ont tous revêtu des habits multicolores, cela égaye l’avenue qui en semaine reste déserte. On se croirait en été, mais non, l’automne a déjà bien commencé depuis deux semaines. On ne peut pas retourner en arrière en impulsant à la terre un mouvement de rotation rétrograde qui freinerait son inlassable course dans l’univers. Non, non, ce n’est pas possible.  Ce sont les anticyclones et les dépressions qui en tournoyant se déplacent à des kilomètres d’altitude et déclenchent ces phénomènes climatologiques apparemment décalés. On ne va pas s’en plaindre, mais s’en féliciter en prenant avec joie ce que la nature nous offre de bon, de chaud et d’agréable au moment présent. Ils l’ont bien compris les usagers des transports en commun qui, le temps d’un week-end ont jeté leur serviette sur l’épaule, saisi leur cabas de pique-nique et se sont dirigés vers elle sans plus attendre. L’astre de feu plus bas dans le ciel à ce moment de l’année leur donne généreusement l’occasion de jouir d’un probable dernier bain de mer sans roussir leur peau si sensible aux rayonnements brûlants ionisants de l’été torride.

Le véhicule orange rayé de bleu s’avance, s’arrête. Chacun paie sa place avant de monter. Il faut patienter devant la porte car le bus est complet et le conducteur, seul à bord, ne peut pas servir tout le monde en même temps. Beaucoup de passagers, essentiellement des jeunes, qui ne trouvent pas de place assise, se cramponnent aux poignées pour garder un équilibre précaire et reprennent la mine sérieuse et l’air grave des veilles de reprise de travail. La journée dominicale décline, la luminosité faiblit, les longues ombres automnales marquent de leurs taches sombres le trottoir à nouveau vide. Le car redémarre, lourd, bondé, et va les emporter jusque chez eux, avant que le crépuscule ne noie rapidement le rivage, la rue, les maisons du bord de mer en les plongeant dans une obscurité seulement animée par le croissant au demi-cercle d’or de la  lune montante d’octobre débutant. Parvenus à destination à la nuit tombée, ils oublieront déjà ces quelques heures magiques qu’ils ont passées sous les rayons rasants d’un soleil étonnamment estival, en s’allongeant doucement sur le sable de la plage auprès de celle qui mouille leurs pieds et rafraîchit leur corps. En sa présence, ils se délassent en délaissant les soucis du monde qui les encrassent   et dont elle les déleste gratuitement sans les déclasser ni les déloger mais simplement en les déliant délicatement, utilement et nécessairement, sans les délurer.

Comment résister à l’attrait de la grande bleue lorsque l’air est chaudement enveloppant et la surface de la méditerranée lisse, d’huile ?

          photofa#______

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4 Responses to Bus

  1. blogfadiese says:

    Délassement, hum ….je fais la mamie, chut ….

  2. MI♭ says:

    Ce n’est donc qu’une demi-pause ; la musique passe tout de même : nous avons les échos des vagues, les embruns de la côte, les couleurs diurnes et nocturnes de votre escapade. Si je comprends bien, la piscine sportive, était le prélude de ce délassement automnal !

  3. blogfadiese says:

    Non, non la pause n’est pas finie, j’ai juste pu « choper » un ordinateur, car je n’ai pas trimbalé le matos.

  4. MI♭ says:

    Après la pause, la prose toujours magique ! Ouf !

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