Bain

Légèrement voûtés, quelque peu bedonnants, leur démarche bien que lente, ne masque pas leur détermination. Ils marchent en direction de la mer, entrent dans l’eau à pas mesurés, avancent sans hésiter jusqu’à ce que celle-ci atteigne leur poitrine, tendent les bras vers l’avant, s’allongent, nagent silencieusement, s’éloignent, contournent la jetée artificielle, disparaissent. Je n’en crois pas mes yeux. Ce couple de septuagénaires ( au moins soixante-dix ans) a manifestement l’habitude de se baigner à cet endroit. Leurs corps hâlés ainsi que leur aisance en témoignent. Et dire que je reste plantée là, les deux pieds ensablés dans cinquante centimètres d’eau, hésitante, barbotant timidement tout en contorsionnant mon esprit à l’infini:

« J’y va-t-y, jivati pas ? Certes, c’est frais, mais tout de même ce n’est pas glacé, tu pourrais te décider au lieu de tergiverser. Une petite trempette, ce n’est pas la mer à boire.   Oui, mais, si …. Bah, bah, aucun de tes arguments ne tient. Dépêche-toi plutôt que de gaspiller ton temps à trouver de fausses excuses. » disait la voix intérieure qui élaborait les questions et les réponses.

« Toutes les conditions sont étonnamment réunies pour prendre un dernier bain avant l’hiver. N’attends pas davantage » reprenait-elle.

Alors subitement, sortant promptement, j’enlevai mon polo, le balançai sur la serviette et revins résolument me mouiller les jambes, le bassin, les reins, la poitrine, les bras, les épaules, la nuque, les aspergeant tour à tour abondamment à l’aide du creux de mes mains transformées en écuelles percées, arrosoirs provisoires.

« Tu vois bien que cela est possible en prenant progressivement la température de l’eau, en y habituant le corps petit à petit, prudemment, c’est jouable, ça va l’faire, sûr, tu en meurs d’envie. » insistait la voix «  Elle n’est pas froide, seulement fraîche, vingt, vingt-deux degrés environ, c’est stimulant. Allez hop, ça y est tu nages. » m’encourageait-elle encore.

Il n’en fallait pas plus pour que cette chiquenaude morale, ce petit coup de pouce supplémentaire me donne confiance et me pousse à l’eau si je puis dire. Je nageai vite effectuant plusieurs transversales en demeurant parallèle au rivage, tout proche.

Pas de frisson. Pas de chair de poule.

Pas de vent. Aucun muscle transi. Pas de raideur.

Un corps mis en mouvement par des gestes rapides.

Un exercice sain. Bienfaisant.

Spartiate ?

Non, non.

Je nageai encore puis ressortis afin de prévenir un éventuel refroidissement qui ne s’est pas produit car le soleil brillant de mille feux réchauffait le corps instantanément après l’avoir séché. Je savourai cette chance inattendue, ce concours de circonstances rares. Un bain de mer deux jours de  suite, ( eh oui, le lendemain le couple de personnes âgées, fidèles au poste, refit le même exercice au même endroit et cela m‘encouragea à nouveau,  je me suis donc baignée une deuxième fois ) ce fut tout à fait vivifiant, exceptionnel pour la première semaine d’octobre. Une grâce peut-être … On ne l’a pas laissé s’envoler.

 

Le lendemain il faisait froid.

photosfa#______

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