Plumitif

chaises

PORTRAIT -7-

PLUMITIF

Vieilli, amaigri, très ridé
(pourtant il n’a jamais travaillé, beaucoup bu, beaucoup fumé, beaucoup exposé aux rayons du soleil qui ont brûlé son épiderme ? n‘avait rien d‘autre à faire)
Il pose dans la bibliothèque, trône dans un fauteuil en cuir.
A sa taille.
Petit.

C’est pour ne pas mourir de honte.
Par distraction.
Pour devenir riche et célèbre.
Qu’ils écrivent, ses pairs.

Il aime les discours.
Celui-ci de fin de mandat.
Au moment de l’échec.
Celui-là en pleine campagne.
Au moment de l’ascension.
Cet autre-là, bien avant,  annonçant la mort d’un prédécesseur complice.
Il a toujours aimé les beaux discours, intellectuellement séduisants.
Qui captent l’attention des gens.
(enfin des gens d’en dessous,  pour les faire voter)
Vrai discours. Faux semblant.
Du toc authentique.
Il entendrait la France profonde, affirme-t-il.
Mais comment cela se pourrait-il ?

Toujours aussi suffisant.
Hautain.
Tellement ridicule.

Superficiel. Opportuniste. Creux.
Sans aucune idée. Strictement aucune.

Cynique. Pessimiste. Faux prophète. Oiseau de malheur.
Inutile de le lire.
Vous n’apprendrez rien que la vie ne vous ait appris.
Lui n’en a rien retenu. Et pour cause.

« Qu’y a-t-il de plus intéressant que la vie ? » lui demande-t-on.
Figé, immobile silencieux, scotché.
Il ne répond rien.
« Je réfléchis » explique-t-il.
« La mort » ajoute-t-il.

Le brillant érudit n’a rien à dire.
Que des mots vains.

Il a aimé les bains de mer, les livres, les femmes, ( soi-disant), avoue-t-il.

La caméra le croque de trois-quarts.
Son profil le révèle.
Un large sourire chaleureux qui laisse apparaître des dents d’une blancheur anormale pour son grand âge. Des fausses dents ?
Un nez crochu, gros, épais.
Deux yeux, petits, bleus. Sans expression.
Deux petites billes, pâles, transparentes, glaçantes, perçantes.
Terriblement vides. Qui trahissent une évidente superficialité.

« Nous vivons dans un monde d’imposture » s’amuse-t-il encore.
Exact, malheureusement.
A lui seul il incarne quarante ans d’apparence.
Riche de rien.

Ce drôle d’oiseau, cet épouvantail, bientôt, s’éteindra.
Il dormira. De quel côté ?
Il pense avoir la clé.

Son fauteuil restera vacant.
Pendant quelques temps.
Jusqu’à l’élection du prochain usurpateur.

fauteuil

Il suffisait de noter ses propos pendant l’interview.
Attentive, j’étais sidérée.

photosfa#__________

 

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3 Responses to Plumitif

  1. jfsadys says:

    Tien tiens tiens vous avez écouté l’interview de Jean d’Ormesson par Laurent De Lahousse.
    (Pourtant il n’a jamais travaillé. Il a beaucoup bu, beaucoup fumé. Il s’est beaucoup exposé aux rayons du soleil qui ont brûlé son épiderme. Il n‘avait rien d‘autre à faire.)

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