Tigre

tigre

PORTRAIT-8-

C’est un élégant , un mondain, un dandy dit-on, de la Belle Epoque. Il aime les femmes. S’offrir un danseuse de l’opéra, en y allant « faire son marché », est un plaisir qu’il ne se refuse pas. Il y va souvent. Il fit des études de médecine en province, mais ce ne fut pas un étudiant appliqué, il était indiscipliné, il fit le mur, passa en conseil de discipline, fut envoyé à la capitale. Il était issu de la bourgeoisie terrienne vendéenne, protestante. Son père lui inculqua l’indignation, le sens de la résistance et un anticléricalisme fort, inconditionnel.

A la tribune de l’Assemblée, on le remarque pour son « éloquence ». Il sait improviser. C’est un orateur, mais qu’est-ce à dire ? Sinon qu’il a le sens de la formule comme d’autres auraient la botte secrète, en escrime, terrassant ainsi l’adversaire par surprise, d’un seul coup d’un seul ? Ou bien, nous dit-on, ne serait-ce pas plutôt  parce qu’il module son propos en fonction de la réaction de ses auditeurs sachant les faire rire à leurs dépens qu‘on lui reconnaît des talents de discoureur ? Lui qui n’a jamais rien fait de ses dix doigts,   lance un journal intitulé « le travail » et fait carrière comme journaliste. Il se sert de la presse comme d’une arme . Cependant, caustique, cinglant il multiplie les inimitiés. Il se bat en duel plusieurs fois. Il est impliqué dans le scandale du canal de Panama pour corruption.

Il mène ses affaires tambour battant et veut lutter contre la délinquance et les brigandages. Il crée alors les brigades qui portent son nom. Il est contre la peine de mort mais les chefs de bande seront guillotinés. Lors de la grève des mineurs, il affirme que l’ordre républicain doit être maintenu et on l’affuble du titre de briseur de grèves, de « sinistre » de l’intérieur. Rejeté par les socialistes, critiqué par la droite, il crée le ministère du travail et nage au milieu des alliances et des partis  du moment. Il attise les haines des anarchistes de tous bords, on tente de l’assassiner, la balle pénètre dans son épaule, il s’en remet.
Pendant la guerre il rend visite aux soldats sur le front au mépris du danger. Il se heurte au maréchal. Un autre maréchal lui annonce l’armistice de cette effroyable tuerie. Il est surnommé le père la victoire ?  Pour quelle raison, on l’ignore.

On le présente comme un homme d’état. Certes, il a été président du conseil, ministre de l’intérieur, ministre de la guerre.
A la fin de sa vie, on le dit soucieux de culture et d’art, fasciné par le bouddhisme. Il vénérait Athéna la déesse grecque de la guerre. Par ailleurs, il fréquentait beaucoup son ami de toujours, un peintre impressionniste, dont les tableaux ornent souvent les magasines actuels. Néanmoins, un célèbre sculpteur de son époque ne parvint jamais à saisir l’âme de ce fauve, laissant de lui trente bustes inachevés.
Il fit planter dans son jardin de Vendée d’innombrables fleurs qui évoquaient les peintures de son ami.

Il s’éteignit un jour de novembre et selon sa volonté, il repose au pied d’un arbre, non sans avoir ricané d’ une dernière boutade amusante quand on lui demanda d’exposer ses dernières volontés  : « n’oubliez pas l’essentiel : moi » aurait-il  lancé.

Encore un détail croustillant sur sa personne et sa vie intime, qui  révèle   sa misérable personnalité. Surprenant sa femme,( une américaine avec qui il était marié mais qu’il délaissait sans scrupule, et dont il avait un fils et deux filles,)  en flagrant délit d’adultère qu’il avait lui même organisé, pour la piéger,  il l’envoya en prison, et l’expédia en  Amérique l’obligeant à voyager par bateau, dans une soute infâme. Il ne l’a jamais revue . Ignoble fut l’adjectif que retint le journaliste pour qualifier l’attitude de celui qu’on surnomma : le tigre.

C’était sous la troisième république. (on évitera les majuscules)

Il suffisait de prendre  des notes pendant l’émission, c’est ce que j’ai fait, comme souvent, pour mieux réfléchir à tête reposée.

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Mais oublions tout ça, non sans  avoir, toutefois,  tenté de comprendre ceux qui écrivent l’Histoire.

( accessoirement, aujourd’hui, c’est le deuxième dimanche de l’Avent)

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4 Responses to Tigre

  1. MI♭ says:

    En avant l’Avent, temps de modestie et de conversion, tant pis pour les ogres inhumains et anticléricaux : ils font feu de tout bois et la dignité n’est pas leur fort, ni leur choix, surtout s’il s’agit d’abuser d’êtres fragiles et de se dégager d’une femme qui qui a eu la faiblesse de croire à la parole donnée ! Evidemment, avec les faits de guerre et les effets de manche on fait dresser des statues et dédier des rues et places pour la postérité, manipulée car ignorante de la réalité.
    On voit aujourd’hui des statues qui perdent piedestal et statu avant d’être refondues, comme les cloches en certaines périodes troublées.

  2. Else says:

    Clemenceau, bien sûr!

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