Artiste

pantinPORTRAIT – 10 –

Connaissait-il son pays la France ? Sa réponse indécise, particulièrement  alambiquée donnait le ton de l’entretien dès la première question. Un ton incertain, flou, soutenu par une voix éraillée, rauque. Peu attirante.
Que pouvait-il dire de son peuple ? Les Français, ses compatriotes, lui apparaissaient contradictoires dans leur caractère, versatiles dans leurs réactions. Réponse illisible. Emploi d’adjectifs galvaudés qu’il pouvait d’ailleurs s’appliquer à lui-même reconnaissait-il en se tortillant sur sa chaise.

Il était issu de la bourgeoisie, né dans une famille aisée. il n’avait pas souffert, pas connu le manque. C’est ce que le journaliste parvenait à lui faire avouer, car il se gardait bien de le dire spontanément. A l’entendre au contraire, en suivant ses raisonnements, on aurait pu croire qu’il sortait du ruisseau.

Il avait un nom, lui avait souvent rappelé son père. Venant d’en haut, il fit du cinéma, car il était toujours bien placé pour fréquenter les vedettes du moment. Récemment son dernier rôle,  a été acclamé au festival et cela le comblait au point d’en verser une larme.  L’ovation le grisait. Indispensable reconnaissance. Besoin de se faire admirer.

Friand de politique, politisé dans ses idées, il expliquait avoir voté davantage pour une personne que pour un parti ou un programme, ce qui éclairait l’incohérence de ses choix, énoncés bizarrement. La discussion de café du commerce se poursuivait en déplorant la peopolisation de la vie politique, à qui il préférait l’apparat de la vie publique, ayant en cela curieusement, une vue très conservatrice des choses. L’habit ferait-il le moine lui demandait-on ? Hé bien, il admettait que la fonction donnait du talent.  Forcément assénait-il.  (pff ! ). Cependant, actuellement il se sentait mal à l’aise dans la France « normale » parce que cela ne correspondait pas à sa façon d’être « politisé dans ses idées». Il aurait souhaité que de grandes décisions, radicales, soient prises par de grands hommes  tout aussi déterminés et inventifs. Mais il ne voyait rien venir.

Quittons ce sujet, revenons à l’industrie du film. On le pressait de se remémorer le temps de sa jeunesse, ses débuts,  où il côtoyait le bouffon de l’époque. Son premier rôle  s’était limité à brancher , débrancher les micros, enrouler, dérouler  les câbles électriques, en veillant au bon fonctionnement de la sono. Sous le chapiteau de cinq mille personnes il fallait que le pitre, un génie d’après lui,  soit distinctement audible. Il était important que ses propos, proférés avec conviction et avec  beaucoup de drôlerie,  soient rapidement assimilés par les auditoires différents  qui se succédaient de jour en jour, d’une ville à l’autre. A la fin des spectacles, chaque soir,  il dînait avec le clown. Belle époque, bel amusement. Puis il passa devant la caméra se retrouvant en présence des plus grands, de beaux gosses aujourd’hui sacrément défraîchis ou disparus. Il paraît même que l’un d’entre eux, s’amouracha de lui. Oh, un amour platonique, s’empressait-il de préciser,  qui dura seulement un an. A la mort de ce dernier, il eut l’honneur de se recueillir, seul, sur sa dépouille.

Et le sport, qu’avait-il à dire sur le sport ? Il adorait ceux qui ratait de temps en temps ou qui fautait, comme ce coup de tête du footballeur célèbre,  un vrai trait de génie selon lui. Il aimait les champions, toutes sortes de champions. En politique comme en sport, il adulait les premiers rôles en somme. On lui en donna donc plusieurs dans des films à succès. Des rôles ? Ou un seul rôle finalement ? Etait-il conscient de faire le sale boulot à la place de ceux qui, par démagogie et habileté, ne veulent pas dire la vérité la substituant à des propos bardés de faussetés, déclamés par de pauvres acteurs comme lui, niais, grassement et indûment payés? Ceux-là mêmes s’étant défaussés et dérobés à leur devoir. Les spectateurs gobant une vérité travestie ?
« En fait je passe mon temps à attendre qu’on me donne un rôle. Attendre. » s’étonnait-il en écarquillant des yeux globuleux sans flamme, inscrits dans un visage à la peau rougie.

Mais l’entretien touchait à sa fin. Que souhaiterait-il que l’on dise de lui après sa mort ?

« C’est dommage qu’il ne soit plus là »

pantin2

Artiste, marionnette ?

dessinfa#___________

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