Le rouge

 

lerouge

Portrait -13-

L’interview se déroulait dans le couloir du lycée où il fut scolarisé dans sa jeunesse, au pied de l’escalier, en bas, dans un décor vert pâle, fade, qui s’accordait avec le tissu de sa chemise de même couleur. On le décrivait insaisissable, inclassable. Il avait beaucoup apostrophé les députés à Strasbourg ou à Bruxelles au parlement où il siégea pendant vingt ans et où il se présentait toujours en chemise ouverte sans cravate, en tenue un brin négligée pour faire peuple, pour coller à son personnage ou à l’image qu’on lui disait, probablement, de montrer.
Lui-même s’étiquetait apatride ni Allemand ni Français mais se sachant appartenir à la judéité dont il avait tout rejeté, devenant absolument et radicalement athée, sans religion, n’allant strictement jamais à la synagogue, sans identité. Né en 45 c’était donc un enfant de la libération. Pourquoi se réfugier derrière une identité? Je suis citoyen européen.
Anarchiste étant jeune, moins maintenant, trublion des années soixante-huit, il provoquait sans cesse, éructant, hurlant ses discours dont certains arguments ne manquaient pas de poids mais il ne pouvait pas dire s’il avait convaincu. Il avouait à mots couverts, la griserie qu’il ressentait lors d’un discours bien prononcé qui captivait l’auditoire. Il fallait un certain ego pour faire de la politique.
S’était-il embourgeoisé, cette question le mettait mal à l’aise, oui peut-être, il reconnaissait profiter d’une certaine aisance matérielle, il vivait bien.
Mais d’où lui étaient venues cette colère, cette révolte ? Mal identifiées répondait-il en esquivant la réponse. Je suis un bâtard, lançait-il , ça provoque complétait-il.
Le présidentialisme? c’est ringard, on infantilise l’électorat expliquait-il (non, on lui ment , on le trompe, c’est bien plus grave parce que c’est malhonnête). Il se gardait bien de le reconnaître.

Collant facilement et promptement des étiquettes sur les hommes politiques opposés à ses idées , il avait vite fait de les dénigrer, mais lui-même n’avait jamais eu aucune responsabilité à exercer. D’ailleurs on sentait bien qu’il n’en voulait pas, voulait pas se mouiller, voulait seulement provoquer, c’était plus commode. C’était une façon de se défausser.
Anarchiste, libertaire, anticommuniste, même le journal l’humanité l’avait épinglé comme étant un traître parfait.
Curieusement, il approuvait le pape qui soutenait l’intervention des états en Irak, s’émouvant du sort réservé aux chrétiens d’Orient. Quand la civilisation est mise à mal, il faut intervenir expliquait-il.
Et le foot ? Toujours supporter de la France, inconditionnellement. A ce moment de l’interview on sentait immédiatement la complicité des deux hommes assis face à face chacun sur une chaise de bois d’écolier. A croire que tous les autres sujets devenaient subitement d’une importance très secondaire finalement.

Avait-il changé ? Oui, plus calme. S’était-il trompé ? Il regrettait l’expression élections piège à cons. Que détestait-il le plus ? Les totalitarismes, l’autorité. Avait-il réalisé ses rêves ? En famille oui, en politique c’était trop loin. Qu’allait-il faire dans les années qui lui restaient à vivre ? Écrire reprendre un discours politique sous une autre forme. Qu’aimerait-il que l’on dise de lui? Il a aimé la vie.

Etrange personnage qu’il aura fallu supporter en plus de tous les autres.

lerouge2

Aura-t-il fait avancer les choses?
On en doute !
Car son problème n’est pas le nôtre.

dessinsfa#________

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4 Responses to Le rouge

  1. jfsadys says:

    Il est un enfant de la guerre. Cela a dû le marquer.

  2. jfsadys says:

    Il est né à Montauban, Tarn-et-Garonne. J’ai admiré et j’admire encore sa forme d’intelligence. Je pense qu’il a aimé, qu’il aime pas seulement la vie mais les gens. Il a fait lui et celles et ceux qui ont plus ou moins eu les mêmes opinions évoluer les mentalités. Et mis l’Ecologie sur le terrain de la politique. Ce que j’ai retenu de son intervention télé de ce jour c’est son interprétation des propos du pape François: si on n’arrête pas la guerre au Moyen-Orient on aura la troisième guerre mondiale. En l’écoutant je me suis souvenu de propos de Saddam Hussein: la guerre contre l’Irak sera la mère de toutes les guerres.

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