Mauvaise

 

fleur

 

MAUVAISE

Pourquoi avoir qualifié cette herbe commune de mauvaise ?
En quoi porterait- elle le mal, véronique ?
Mais qui donc est-elle ?

Véronique est une femme pieuse de Jérusalem, qui, poussée par la compassion lorsque Jésus-Christ portait sa croix au Golgotha, lui a donné son voile pour essuyer son front.
Jésus accepta et après s’en être servi, le lui rendit avec l’image de son visage qui s’y était miraculeusement imprimé. Grâce à ce linge elle aurait guéri l’empereur Tibère de la lèpre.
Or, la véronique officinale était utilisée autrefois en application sur les plaies des lépreux. La fleur de véronique était comparée au Moyen-Âge à l’empreinte du Christ (verum icon « vraie image ») car elle dessinait un visage rudimentaire avec les deux anthères figurant les yeux.
Les scientifiques qui écrivent des ouvrages documentés n’en ont cure, ils n’adorent que leurs expériences. De quels adjectifs seront-ils affublés par les générations futures, si elles ont le temps de venir au monde, comment qualifieront-elles  toutes leurs hérésies,  toutes leurs erreurs,  tout leur mépris pour les connaissances anciennes,   tout leurs excès ainsi que leurs immenses gâchis ?
Véronique un herbe ordinaire, pas savante, discrète, pas mauvaise, plus utile qu’on ne le dit. Une fleur écologique , durable aux vertus médicinales rejetées, oubliées, dédaignées ? Une fleur de plus piétinée …

fleur

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Mal

 

 

fleurs

FLEURS

Une grisaille tenace semblait vouloir peser de tout son poids de brume glacée sur la fin de semaine. Le week-end s’annonçait terne et humide. Pourtant en ouvrant les volets, j’apercevais de minuscules taches bleues qui parsemaient l’herbe verte. M’approchant j’en cueillais quelques-unes. J’avais l’habitude de les voir à cet endroit depuis longtemps, mais cette année et sans m’en expliquer la raison je désirais en connaître le nom, sur le champ. Faisant référence à un ouvrage qui nous avait été recommandé par un professeur de biologie j’en cherchais les caractéristiques et les trouvais rapidement. Il s’agissait d’une mauvaise herbe dénommée Véronique à feuilles de lierre. Ses fleurs à quatre pétales poussaient dans les aisselles de ses feuilles velues et la tige pouvait être montante ou couchée. J’avais longtemps pensé qu’il s’agissait plutôt d’un myosotis. L’erreur est désormais corrigée.

Cette modeste découverte coïncidait avec l’étude musicale que nous avions réalisée la veille concernant la critique littéraire effectuée au XIX siècle par Charles Baudelaire au sujet des opéras de Richard Wagner.

Je me replongeais avec délice dans les Fleurs du mal et me rappelait soudain que j’avais eu à commenter le poème qui suit à l’oral du Baccalauréat il y a de cela quelques décennies. Voici ce fameux poème si connu.

CORRESPONDANCES

La nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L’homme y passe à travers une forêt de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
– et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

 

pétales

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Epouse

 

clara

 

EPOUSE  (portrait 23)

Elle naît à Leipzig en 1819 au sein d’un milieu de musiciens : son arrière-grand père maternel était flûtiste soliste au Gewandhaus, et son père Fréderich Wieck était un professeur de piano réputé, un pédagogue recherché qui forma sa fille dès son plus jeune âge. Sa mémoire musicale prodigieuse lui permettait d’apprendre d’oreille les compositions qu’on lui proposait. Enfant prodige surdouée elle se produisit en concert à travers toute l’Allemagne et fut adulée dès l’enfance et l’adolescence. Elle compose à onze ans. Très vite et très jeune elle rencontre Robert qui prend des leçons de piano chez son père. Le jeune pianiste la remarque et reconnaît en elle son alter ego musical. Il s’éprend d’elle mais Fréderich essaie par tous les moyens d’éloigner les jeunes gens et refusera une demande en mariage qui ne sera acceptée qu’après une action en justice. Le mariage sera célébré en 1840. Les deux époux pourront alors donner libre cours à leur double passion. Amour et musique se conjugueront en une belle étreinte musicale savante et mélodieuse, romantique à souhait puisque des motifs musicaux se retrouveront et se répondront d’une œuvre à l’autre.
Cependant des difficultés de tous ordres entraveront ce bonheur à peine ébauché. La vie aux côtés de Schumann n’était pas de tout repos. En douze ans de mariage Clara aura huit enfants, elle partagera son temps entre les maternités, les concerts, les attentions portées au travail de composition de son tendre époux. Robert dirigeait également une revue musicale renommée dans laquelle il révélait les talents prometteurs. Mais l’artiste était d’une santé psychologique fragile, rapidement des troubles psychiques se manifestèrent et s’accentuèrent au point de l’empêcher d’exercer toute activité professionnelle. Il fut interné et décédera deux ans et demi plus tard, en 1856, laissant Clara seule, à trente sept ans, avec ses huit enfants. Elle dut faire face à tout et assurer l’éducation des enfants, l’organisation de ses concerts, la vie domestique, les finances de la maison. Elle cessera de composer :

« Tout l’enjeu de la composition semble s’évanouir, stimulée ou entravée par Robert elle a toujours composé pour lui et sous son regard. Lui, disparu tout se passe comme si cette part d’elle-même n’avait plus de raison d’exister, ou plus de droit. »

Vaillante et sûre de son indiscutable talent pianistique, la brillante Clara va poursuivre et intensifier ses concerts avec les encouragements et le soutien sans faille d’un jeune musicien également très doué Johannes Brahms de quatorze ans plus jeune qu’elle.

« Assumer avec maestria le double destin qui s’ouvre à elle : redevenir la concertiste la plus adulée de l’Europe tout en servant la renommé posthume de son mari. »

Sa carrière la conduira à travers toute l’Europe, en Hollande en Belgique, en France, en Angleterre, en Russie. Elle se produira dans les grandes capitales: Londres, Berlin, Paris, St Petersbourg , elle jouera dans les grandes villes Leipzig, Hambourg, Dresde, Dusseldorf, Francfort sur le Main, Vienne etc .. elle y interprétera les grandes œuvres sonates, ou concertos de Beethoven, Liszt, Chopin, Brahms, Schumann, Dvorak. Elle se fera l’inlassable défenseur de la musique de son bien-aimé mari Robert Schumann qu’elle jouera continuellement et dont elle publiera l’intégralité des œuvres, ainsi que sa vie et sa correspondance. Elle enseignera dans plusieurs conservatoires. L’âge avançant Clara souffrira de rhumatismes et de maux d’oreille. À l’approche de la soixantaine elle devra ralentir le rythme inhumain des tournées qu’elle s’est imposée depuis vingt cinq ans. À soixante-dix ans elle effectuera un voyage en Italie accompagnée de ses filles. Deux ans plus tard elle donnera son dernier concert public puis organisera quelques séances de musique de chambre chez elle. Elle décédera en 1896 après avoir survécu pendant quarante ans à Schumann. Brahms son ami de toujours la suivra l’année suivante.

De son vivant elle reçut de nombreuses distinctions en Allemagne , en Angleterre.

Les malheurs succédant aux petits moments de bien-être, le bonheur étant définitivement perdu, sa vie sera parsemée de chagrins à cause de la perte de trois de ses enfants: Emil en bas âge, Julie à l’âge de trente six ans, Ferdinand dont elle soutiendra la veuve et les six enfants, Félix à vingt quatre ans, Elle supportera l’internement à vie de Ludwig. Vers la fin de sa vie ses trois filles pianistes vivront auprès d’elle, sa fille aînée ayant été son assistante dévouée et fidèle à tout point de vue familial et musical.

Héroïque, exemplaire, tragique la vie de l’épouse Clara Schumann ?

« Elle se sentait par-dessus tout une artiste »

texte inspiré de:   Clara Schumann de Brigitte François-Sappey musicologue

 

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Cendre

 

sable

CENDRE

Accoudée au comptoir elle observait le paysage.
Que voyait-elle face à elle ?

Des squelettes d’arbres décharnés, des toitures de maisons dans l’ombre, un sentier goudronné serpentant entre les parcelles bâties et habitées.
Une ligne d’horizon irrégulière changeante à chaque instant en fonction de la lumière et de du temps qu’il faisait.
Une pelouse dégelée ensoleillée sur laquelle des oiseaux picoraient et grattaient la terre à la recherche de leur nourriture.
Et quoi encore ?
Elle suivait des yeux une épaisse fumée grise qui s’élevait puis se dissipait dans le ciel clair.
Qu’avaient-il donc depuis quelques jours à faire autant de feu ?
Brûlaient-ils de vieilles ronces, des troncs d’arbres pourris, des vieilles affaires, des principes obsolètes, des lois erronées, des règlements dépassés, des postures inadéquates ?
Avaient-ils jeté dans le brasier leurs vieilles idées, leurs vieilles chaussettes,
leurs vieux démons ?
Préparaient-ils l’avenir en faisant table rase de l’ancien ?
Peut-être cherchaient-ils à se purifier ?

Voulaient-ils masquer les tristes et pitoyables marionnettes qui s’agitaient derrière l’écran de vapeur âcre ?
En tout cas ils enfumaient la vallée copieusement.
Nous enfumeraient-ils afin de mieux nous étourdir pour mieux nous assujettir ?
Dupés, bernés, serions-nous encore et toujours à leur merci, quels que soient les époques et les régimes, les gouvernements ?

Un vent violent vint subitement balayer toute cette poussière de feu.
Il ne restait plus que de la cendre chaude dispersée par la bise de l’hiver.

sable

Sable et cendre, quelle différence ?

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Hibernation

 

hibernation

 

Poussifs

 

pierres

En panne et à la peine.

Poussifs les beaux parleurs.

Sans idée, sans envergure.

Sans idéal, ni projet, sans perspective.

Autre temps, autre époque.

La blague est finie.

Consommée la plaisanterie.

Usées les petites bouffonneries.

On dirait qu’on leur a tiré le tapis sous les pieds et qu’ils sont tombés sur leur arrière-train lourdement, d’un coup sec.

Etourdis, s’ébrouant sans fin, dodelinant de la tête à droite, à gauche, celle-ci va-t-elle chuter sous son propre poids emportée par un crâne dur, alourdi par les contradictions ?

Va -t-elle cogner le sol et se briser en mille morceaux entraînant avec elle tout le corps affaibli, affadi, prêt à se désintégrer silencieusement et définitivement ?

Etrange début d’année, comme si la pensée hibernait.

Le rouge-gorge n’en a cure.

Il picore les pensées résistantes au gel.

                                                           rouge-gorge

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Relever

 

pigeons

Les pigeons sont-ils sur le point de relever la tête ?

Ont-ils suffisamment avalé de soupe à la fleur de rose ?

ondulation-ble

L’avenir va bientôt le dire.

Passons l’hiver tranquillement, les semences germeront à temps.

Noël approche.

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